Les lacrymogènes

LES LACRYMOGÈNES

Pour la décontamination, voir Gérer les lacrymos

Pour l’après, voir Gérer le risque post-« chimique »

De nombreux collectifs et organisations se sont déjà penché sur un inventaire exhaustif des armes de la police (voir note et références) : on fera donc ici donc d’un simple résumé opérationnel.

Le « lacrymogène » tel qu’utilisé dans le cadre du maintien de l’ordre est quasi exclusivement du 2-Chlorobenzylidène malonitrile, ou « CS » pour les intimes. Il s’agit pas réellement d’un gaz mais de particules : c’est important à savoir quand on choisit ses protections, mais également car le « gaz » lacrymo tend à descendre vers le sol : quand c’est possible, se mettre en hauteur pour se protéger.

Il est formé de « cristaux », qui se dissolvent notamment au contact de l’humidité de la peau. Frotter, suer ou mouiller la zone touchée va d’autant plus activer ces cristaux.

Les force de l’ordre disposent de plusieurs moyens de dispersion du CS :

  • des grenades à main, qui répandent plusieurs palets qui diffusent le gaz
  • des grenades propulsées, fondamentalement identiques à celles à main mais avec un culot de propulsion pour emploi avec un propulseur (les fameux COUGAR et Lanceurs Multi Coups)
  • des grenades lacrymo « instantanées » (ex GLI-F4, maintenant un des rôles des GM2L)
  • des gazeuses à main

Il existe quelques spécificités selon les moyens employées : les gazeuses à main contenaient parfois auparavant de la capsaïcine (donnant une teinte jaune) bien plus agressive, mais l’usage semble être en train de disparaître. Ces gazeuses dispersent un gel, qui colle plus facilement à la peau (voir la section « la peau »). Des produits marquants peuvent également être employés, donnant une teinte rouge au spray, servant à identifier les personnes impliquées.

Les « palets » tirés au Lanceurs Multi Coups (LMC) sont plus concentrés car plus petits que ceux des grenades propulsées habituelles : si les flics en tirent plus (indice chez vous : le « M » de LMC), le gaz produit peut-être bien plus agressif, sans pour autant être le résultat d’une « nouvelle composition secrète » comme on l’entend parfois.

Dans certains contextes, des unités comme la BRI ou le RAID peuvent intervenir : leurs armes, y compris lacrymogènes, sont autrement plus agressives que celles employées dans le maintien de l’ordre et appellent à une extrême vigilance.

Les gaz lacrymogènes ont un effet plus intense sur certaines populations à risques (enfants, personnes âgées, personnes souffrant de maladies pulmonaires, etc).

La biologie des lacrymogènes

Le lacrymogène tel qu’utilisé en France est principalement du « CS » (2-chlorobenzylidène malonitrile). Il fonctionne selon une double action :

  • le Benzylidène malonitriles (BMN) active les récepteurs nociceptifs TRPA1, en charge de la détection des substances toxiques, qui fait passer le corps en mode « défense » contre ceux-ci, à base de larmoiement, éternuements, Toux, etc
  • au contact d’humidité, il relâche du 2-Chlorobenzaldéhyde, qui a un effet lacrymogène

Le 2-Chlorobenzaldéhyde a une « demi-vie » courte de 5 à 15 secondes.

L’étude de 2019 intitulée « L’utilisation du gaz lacrymogène CS ses effets toxiques à plus ou moins long terme » rentre plus en détail dans la réaction chimique, la métabolisation et les effets du CS.

Les effets à long terme

Une exposition importante au CS peut provoquer différents symptômes sur le long terme. Pour commencer, les effets « primaires » peuvent aboutir à des séquelles : fragilisation du système respiratoire entraînant une sensibilité élevée aux infections et une difficulté respiratoire, des irritations cutanées comme de l’eczéma ou des ampoules, et enfin des complications pour les yeux comme des kératites, des conjonctivites ou des blépharospasmes.

Mais au delà de ça, de nombreux témoignages ainsi que des rapport comme celle faite par Physicians for Human Rights indiquent que le CS perturbe le cycle et peut entraîner des fausses-couches.

Autre effet que nous avons pu nous même mesuré et qui découle des symptômes précédemment évoqués : le rythme cardiaque au repos (c’est à dire ni à l’effort, ni juste après) qui se maintient à 100-120 battements par minutes au lieu de 60-90 (selon les profils).

L’infox au cyanure

Durant les Gilets Jaunes, une rumeur est apparue sur des intoxications liées au cyanure qui est techniquement présent dans le gaz. Compte tenu de la toxicité de base du CS, c’est raisonnable de vouloir comprendre les mécanismes et effets de celui-ci. Mais y a trois problèmes : les symptômes supposément cause par l’intoxication au cyanure sont clairement le résultat du CS en tant que tel. Secondo, le cyanure est présent sous une forme qui n’est pas métabolisé par le corps : Léo Shep, qui a publié une étude sur le sujet répond à CheckNews (Libération) :

« Le cyanure ne contribue pas à la toxicité du CS, il s’agit d’un sous-produit très mineur issu du métabolisme du CS par le corps »

Enfin, et surtout, cela a poussé des medics peu scrupuleux à pratiquer des prises de sang en pleine manif, sur des personnes en détresse. Un communiqué par des street-medics dénonçant la pratique a d’ailleurs été publié par la Coordination 1ers Secours.

Notes et références

Les armements du maintien de l’ordre, 2021 par le collectif Désarmons les

Une étude dénonce les dangers à long terme du gaz lacrymogène, sur Radio France

Blain, P.G. Tear Gases and Irritant Incapacitants. Toxicol Rev 22, 103–110 (2003). https://doi.org/10.2165/00139709-200322020-00005

Tear Gas Decon, sur le site du National Institute of Decontamination Specialists

Chloroacetophenone (CN): Riot Control/Tear Agent, sur le site de The National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH)

Ce que les gaz lacrymogènes font à nos utérus, StreetPress